Avant leurs missions historiques, les astronautes du programme Apollo de la NASA ont effectué des simulations de géologie de terrain sur Terre. Deux de ces entraînements se sont déroulés en Alaska, au sein du Parc National de Katmai, offrant un environnement volcanique aux caractéristiques rappelant la surface lunaire. Ces exercices visaient à perfectionner la collecte d’échantillons et la communication scientifique à distance.
Préparation lunaire sur les terrains terrestres
Dans les années précédant les premières missions habitées vers la Lune, le programme Apollo de la NASA a mis en place des sessions de formation rigoureuses pour ses astronautes. Une partie cruciale de cette préparation concernait la géologie de terrain, essentielle pour explorer et comprendre la surface lunaire. Au cours des étés 1965 et 1966, des équipes d’astronautes ont été dépêchées dans des environnements terrestres peu familiers, choisis pour leur ressemblance avec les paysages extra-terrestres.
Le Parc National de Katmai, en Alaska, a servi de cadre à plusieurs de ces exercices. Lors de simulations appelées «le jeu de la Lune», des binômes d’astronautes étaient placés sur des sites non cartographiés, avec pour instruction d’agir comme s’ils étaient sur la Lune. Selon William Phinney, le coordinateur de la formation scientifique d’Apollo, leur mission incluait la collecte d’échantillons géologiques représentatifs et la pratique de la communication de leurs observations aux scientifiques restés en base.
La Vallée des Dix Mille Fumées : un laboratoire naturel
Le cadre choisi en Alaska était la
La Vallée des Dix Mille Fumées doit son nom à l’abondance de fumerolles, des évents émettant des gaz et de la vapeur, qui ont rempli la vallée pendant une décennie après l’éruption. Quelques centaines ont persisté pendant plus de dix ans, certaines jusqu’aux années 1990. Les scientifiques ont initialement supposé que cette éruption massive s’était produite au mont Katmai, un volcan voisin possédant une grande caldeira à 10 kilomètres à l’est du dôme de Novarupta. Cependant, des recherches ultérieures ont démontré que l’éruption a bien eu lieu à Novarupta – dont le nom signifie «nouvelle éruption» – qui a siphonné le magma sous le mont Katmai. Lorsque la chambre magmatique s’est vidée, Katmai s’est effondré, formant la caldeira de 4 kilomètres de large visible aujourd’hui.
Analogies géologiques pour l’exploration lunaire
Bien que le paysage volcanique de la Vallée des Dix Mille Fumées soit plus récent que les anciens écoulements de lave qui ont formé les caractéristiques volcaniques de la Lune, il offrait aux astronautes d’Apollo une «excellente opportunité de visualiser des matériaux volcaniques et des formes de terrain en parfait état», comme l’a écrit William Phinney. Ils y ont étudié des traces de fumerolles et examiné des sections verticales des dépôts où les cours d’eau avaient érodé de profonds
Ces entraînements ont permis aux futurs explorateurs de se familiariser avec les processus géologiques essentiels et d’affiner leurs techniques d’observation et de description dans un environnement contraint, des compétences directement transposables aux missions lunaires. La capacité à identifier des structures, à prélever des échantillons pertinents et à communiquer efficacement ces découvertes à des scientifiques à distance s’est avérée fondamentale pour le succès des programmes d’exploration.
Un site de recherche toujours pertinent
Aujourd’hui, des chercheurs continuent de visiter cette zone sauvage d’Alaska à la recherche d’indices susceptibles d’aider à déchiffrer la géologie de la Lune et de Mars. En 2024, l’équipe de terrain des instruments Goddard (
L’étude continue de ces sites analogues terrestres procure des données précieuses pour la conception de futurs instruments, la planification de missions d’exploration robotiques ou habitées, et l’amélioration de notre compréhension des processus géologiques dans des conditions extraterrestres. La Vallée des Dix Mille Fumées demeure ainsi un témoignage de la perspicacité des planificateurs d’Apollo et un laboratoire naturel essentiel pour l’avenir de l’exploration spatiale.
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