Le cratère de Chicxulub abrita la vie microbienne durant 8 millions d’années

Une étude révèle que l'impact de Chicxulub, responsable de l'extinction des dinosaures, a créé un habitat hydrothermal souterrain durant 8 millions d'années.

Le cratère de Chicxulub abrita la vie microbienne durant 8 millions d’années

Une nouvelle étude révèle que l’impact de l’astéroïde de Chicxulub, responsable de l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années, a également créé un habitat hydrothermal souterrain durable. Ce système aurait favorisé la vie microbienne pendant 8 millions d’années, une durée quatre fois supérieure aux estimations précédentes. Ces découvertes proviennent de l’Université de Glasgow et sont publiées dans Communications Earth & Environment.

L’événement cataclysmique qui a signé l’arrêt de mort des dinosaures il y a environ 66 millions d’années a aussi engendré une niche écologique insoupçonnée. L’impact de l’astéroïde de 10 kilomètres de large, sur la côte de ce qui est aujourd’hui la péninsule du Yucatán au Mexique, n’a pas seulement projeté des débris dans l’atmosphère, obscurcissant le soleil pendant des années. Il a aussi forgé un environnement souterrain propice au développement de formes de vie.

Des chercheurs de l’Université de Glasgow en Écosse ont mis en évidence l’existence d’un habitat hydrothermal sous le cratère de Chicxulub. Cette région aurait maintenu des conditions favorables à la vie microbienne pendant 8 millions d’années. Cette longévité dépasse de loin les estimations antérieures, qui prévoyaient une durée de vie quatre fois plus courte pour un tel système.

Représentation schématique du cratère de Chicxulub et de son système hydrothermal souterrain.

La genèse d’un refuge souterrain

L’astéroïde, en frappant la Terre, a formé le cratère de Chicxulub, qui s’étend encore aujourd’hui sur 200 kilomètres sous des couches de sédiments et d’eau. L’intensité de l’impact a provoqué la fusion de la roche, laquelle s’est ensuite mélangée à l’eau de mer du golfe du Mexique. Ce processus a créé un matériau poreux au sein du site d’impact, générant de nombreuses micro-poches d’eau chauffée.

Ces poches ont offert des conditions idéales pour l’émergence et la survistance de la vie microbienne. L’équipe de recherche, dirigée par Annemarie Pickersgill du Scottish Universities Environmental Research Centre, a estimé que cet habitat hydrothermal post-impact a perduré pendant 8 millions d’années, de 66 à 58 millions d’années avant notre ère. Si cette hypothèse se confirme, il s’agirait du système hydrothermal généré par impact le plus ancien et le plus durable connu à ce jour.

Les preuves géologiques d’un système actif

Les scientifiques sont parvenus à ces conclusions en étudiant des échantillons prélevés dans l’anneau du cratère de Chicxulub et en réalisant des modélisations informatiques de l’impact. En 2016, une mission de forage avait permis d’extraire des carottes de roches du site. L’analyse de ces échantillons a révélé la présence d’un type de roche riche en potassium appelé feldspath.

Le feldspath a constitué une preuve décisive de deux phénomènes majeurs : la présence d’une source de chaleur massive et le mouvement de l’eau. Les chercheurs estiment que ce minéral s’est formé après l’impact de l’astéroïde, lorsque l’eau de mer chauffée s’est mélangée à la croûte terrestre. Sa découverte suggère l’existence d’un vaste réseau souterrain de circulation d’eau chaude, agissant comme un véritable système de « plomberie » géologique.

Échantillons de roche contenant du feldspath extraits du site de forage du cratère de Chicxulub.

La datation confirme un record de longévité

Pour déterminer l’âge précis de leurs échantillons, l’équipe a utilisé la méthode de datation argon-argon. Cette analyse a indiqué que les roches se sont formées entre 66 millions et 58 millions d’années. Ces résultats corroborent la persistance du système hydrothermal pendant les 8 millions d’années suivant l’impact.

L’extension de la période d’activité de cet habitat hydrothermal modifie notre compréhension de la résilience de la vie face aux événements d’extinction majeurs. Elle offre un nouveau cadre pour étudier comment des formes de vie microbiennes ont pu non seulement survivre, mais potentiellement prospérer dans les environnements extrêmes créés par des impacts cosmiques.

Implications pour l’habitabilité précoce

Cette recherche suggère que les environnements post-impact, souvent considérés comme stériles, ont pu servir de refuges pour la vie. Ce concept pourrait s’appliquer non seulement à la Terre primitive, mais aussi à d’autres corps célestes. La possibilité que des systèmes hydrothermaux durables puissent exister sous la surface de planètes ou de lunes ayant subi des impacts violents ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche de la vie au-delà de notre planète, notamment sur Mars ou les lunes glacées du système solaire externe.


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