L’entreprise européenne Isar Aerospace a réussi le deuxième vol de sa fusée Spectrum. Après plusieurs mois de retards, le lanceur de petits satellites a atteint l’orbite depuis l’Andoya Spaceport en Norvège. Cette mission marque la qualification du véhicule et le déploiement de ses premières charges utiles commerciales.
Un succès orbital attendu
La société privée européenne Isar Aerospace, basée à Ottobrunn en Allemagne, a lancé avec succès sa fusée Spectrum, dédiée aux petits satellites. Ce deuxième vol, baptisé « Onward and Upward », s’est déroulé après des mois de reports et de tentatives avortées. Le décollage a eu lieu le samedi 5 septembre à 21h12 UTC depuis le pas de tir orbital de l’Andoya Spaceport, en Norvège.
Cette mission cruciale visait à qualifier le lanceur dans des conditions opérationnelles et à déployer ses premières charges utiles pour des clients. La fusée a injecté avec succès cinq cubesats et une expérience scientifique sur une trajectoire menant à une orbite héliosynchrone, validant ainsi les capacités commerciales de Spectrum.

Les défis du développement et les retards cumulés
Le chemin vers ce succès a été long et semé d’embûches. Initialement prévu dès le 21 janvier, le lancement avait été annulé en raison d’un dysfonctionnement d’une vanne de pressurisation. Une reprogrammation à la mi-mars fut également annulée suite à une combinaison de conditions météorologiques défavorables, de problèmes de sécurité sur le polygone de tir et d’une augmentation inattendue des températures du carburant des moteurs.
Les mois suivants n’ont pas été plus cléments. Une nouvelle date en avril fut écartée après la suspicion d’une fuite dans un réservoir composite. En juin, des problèmes avec les systèmes de fluides de la fusée ont entraîné un nouveau report. Isar Aerospace avait ensuite ciblé août pour une nouvelle tentative, mais le lanceur n’était pas prêt. La persévérance de l’équipe a finalement porté ses fruits en septembre.

Leçons tirées du premier vol et améliorations techniques
Le succès du vol « Onward and Upward » fait suite à un premier vol, nommé « Going Full Spectrum », qui avait échoué. Ce vol inaugural s’était déroulé précédemment et n’avait pas atteint l’orbite, perdant le contrôle d’attitude après seulement 30 secondes de vol, au début d’une manœuvre de tangage. L’enquête avait révélé l’ouverture inattendue d’une vanne de ventilation au moment du début de cette manœuvre, à T+25 secondes. L’ordre de terminaison de vol, coupant les neuf moteurs de Spectrum, avait été émis à T+30 secondes, entraînant la chute de la fusée en mer près du site de lancement.
À la suite de cet échec, Isar Aerospace a procédé à des actions correctives majeures, notamment la mise à niveau du logiciel de Spectrum et l’augmentation des marges de sécurité du véhicule. Ces améliorations ont été validées par des essais statiques intégrés de 30 secondes pour les deux étages du lanceur, effectués en fin d’année dernière, garantissant ainsi la fiabilité de la mission suivante.
La fusée Spectrum : Performances et propulseurs
La fusée Spectrum est un lanceur de petits satellites conçu pour la flexibilité et l’efficacité. Son premier étage est propulsé par neuf moteurs Aquila utilisant un mélange de propane et d’oxygène liquide. Le deuxième étage emploie un unique moteur Aquila optimisé pour le vide, utilisant les mêmes ergols.
L’utilisation du propane présente plusieurs avantages significatifs : il s’agit d’un carburant à combustion propre et il offre une impulsion spécifique plus élevée – une mesure de l’efficacité énergétique des fusées – que d’autres carburants à base de carbone. De plus, le deuxième étage est conçu pour de multiples redémarrages en vol, une capacité essentielle pour les missions nécessitant des déploiements précis de satellites sur différentes orbites.

Isar Aerospace et l’avenir de l’accès à l’espace européen
Ce succès marque une étape capitale pour Isar Aerospace, renforçant sa position en tant qu’acteur clé dans le paysage des lanceurs privés européens. La validation de Spectrum sous des conditions opérationnelles ouvre la voie à des services de lancement réguliers pour une demande croissante en petits satellites.
Le marché de l’accès à l’espace en Europe est en pleine mutation, avec une forte concurrence et un besoin d’autonomie. La capacité d’Isar Aerospace à surmonter les défis techniques et les retards, pour finalement livrer une mission réussie, démontre la maturité de son approche et son potentiel à contribuer significativement à l’indépendance spatiale du continent.