La fusée chinoise Zhuque-3 de LandSpace a réussi un atterrissage propulsif sur une base terrestre après son second vol orbital. Ce succès, une première pour la Chine, a été suivi par un incident : l’étage a basculé après un incendie post-atterrissage endommageant un de ses pieds d’atterrissage. Cet événement souligne les défis persistants de la réutilisabilité opérationnelle.
Un succès majeur pour l’industrie spatiale chinoise
LandSpace, acteur clé de l’astronautique commerciale chinoise, a franchi une étape historique cette semaine. L’étage principal de son lanceur Zhuque-3 a effectué un atterrissage en douceur réussi sur une aire de récupération dans le désert de Gobi, à l’issue de son deuxième vol orbital. Ce succès représente la première récupération terrestre d’un propulseur de classe orbitale par la Chine utilisant des pieds d’atterrissage.
Le vol Zhuque-3 Y2 a décollé le 18 août 2026 à 23h35 UTC depuis la Zone pilote d’innovation spatiale commerciale de Dongfeng, au Centre de lancement de satellites de Jiuquan. Propulsé par neuf moteurs Tianque-12A à méthane et oxygène liquide, ce véhicule en acier inoxydable de 66 mètres a réussi à déployer le satellite prototype de communication Honghu-03 en orbite terrestre basse.
Cette réussite place le Zhuque-3 aux côtés de lanceurs comme le Falcon 9, le Falcon Heavy et le New Glenn parmi les quelques véhicules de classe orbitale ayant démontré la récupération du premier étage. C’est le deuxième véhicule de ce type, après le Falcon 9 et le New Glenn, à réaliser un atterrissage propulsif sur terre ferme.

Détails techniques du vol Y2 et de la récupération
Après la séparation des étages, environ deux minutes après le décollage, le propulseur a initié une rentrée atmosphérique contrôlée. Il a effectué une phase de décélération à trois moteurs à une altitude d’environ 80 kilomètres, utilisant quatre ailettes de grille pour le guidage atmosphérique. La combustion pour l’atterrissage a débuté plusieurs kilomètres au-dessus du sol.
Les quatre pieds d’atterrissage se sont déployés dans les dizaines de derniers mètres. L’étage s’est posé avec précision près du centre de la plateforme de récupération, située à environ 390 kilomètres en aval, dans le comté de Minqin, province de Gansu. Les vidéos et images partagées sur les réseaux sociaux ont montré le propulseur debout sur ses quatre pieds immédiatement après l’impact.
Ce succès s’appuie directement sur les leçons tirées du vol inaugural de décembre 2025. Ce premier vol avait atteint l’orbite mais avait souffert d’une combustion anormale lors de la manœuvre d’atterrissage, entraînant un impact à grande vitesse près de la plateforme. Pour le vol Y2, LandSpace a réduit le nombre de moteurs utilisés pendant la phase d’atterrissage afin d’améliorer la fiabilité, de renforcer la protection thermique et d’ajouter une capacité de prédiction du point d’atterrissage au système de sécurité autonome.
L’incident post-atterrissage : un défi persistant
Malgré l’atterrissage réussi, l’euphorie a été de courte durée. Des résidus de méthane liquide et d’oxygène liquide se sont enflammés près de la base du propulseur peu après son immobilisation. Cet incendie a endommagé ou affaibli l’un des pieds d’atterrissage, qui seraient composés de matériaux composites en fibre de carbone. Le pied a cédé, entraînant le basculement de l’étage en acier inoxydable.
Cet incident souligne que l’atterrissage propulsif est seulement la première étape vers une réutilisabilité pleinement opérationnelle et économique. La phase post-atterrissage, avec la gestion des ergols résiduels et l’intégrité structurelle des composants, présente des défis techniques non négligeables. LandSpace avait initialement envisagé de refaire voler ce propulseur, une perspective désormais compromise par les dommages subis.

Vers une réutilisabilité spatiale mature
La capacité à récupérer et potentiellement réutiliser un propulseur est devenue un objectif central pour de nombreuses agences et entreprises spatiales. Si le basculement du Zhuque-3 représente un revers, il n’enlève rien à l’importance du succès de l’atterrissage lui-même. Il met en lumière les complexités inhérentes au développement de systèmes de lancement entièrement réutilisables, qui vont au-delà de la simple maîtrise de la manœuvre d’atterrissage.
L’incident fournit à LandSpace des données précieuses pour affiner ses conceptions et ses procédures. Le nombre d’organisations parvenant à faire atterrir un propulseur de fusée de classe orbitale a quadruplé au cours des huit derniers mois, ce qui témoigne de l’accélération des efforts dans ce domaine. La réutilisabilité n’est plus une tendance mais une direction stratégique pour réduire les coûts et augmenter la cadence des lancements, et chaque étape, qu’elle soit un succès complet ou un apprentissage, contribue à cette évolution.