Une nouvelle structure météorologique géométrique, un décagone, a été détectée près du pôle sud de Saturne. Observé pour la première fois par des astronomes amateurs en 2024, ce motif a été confirmé par des images du télescope spatial Hubble analysées par une équipe internationale. D’une largeur d’environ 13 000 kilomètres, sa formation interroge les chercheurs sur la dynamique atmosphérique de la géante gazeuse.
Détection et confirmation d’un motif inattendu
La détection initiale de cette forme décagonale remonte à 2024, lorsque des astronomes amateurs ont observé ce phénomène. Par la suite, une équipe dirigée par Amy Simon du Goddard Space Flight Center de la NASA et Agustín Sánchez-Lavega de l’Université du Pays basque a analysé des images capturées par le télescope spatial Hubble entre 2023 et 2025. Ces données ont permis de confirmer l’existence de cette structure avec une clarté absolue. Le décagone mesure environ 13 000 kilomètres de diamètre, ce qui le rend légèrement plus large que la Terre.
« Nous avons confirmé l’existence du décagone avec une clarté absolue », a déclaré Agustín Sánchez-Lavega. Ce motif présente des côtés clairement définis, façonnés par des vents puissants. Il rappelle la structure hexagonale persistante observée au pôle nord de Saturne depuis plus de quarante ans, bien que le décagone austral présente des caractéristiques distinctes, notamment un mouvement légèrement plus prononcé avec la rotation planétaire et une taille globalement comparable, l’hexagone septentrional étant « un peu plus petit » selon Amy Simon.
Une énigme de dynamique atmosphérique complexe
La présence de ce décagone n’était pas anticipée par les scientifiques. Aucune sonde spatiale n’a orbité autour de Saturne depuis la fin de la mission Cassini en 2017, ce qui rend difficile de déterminer la date exacte de la formation de ce motif. Amy Simon a souligné : « Cela n’était certainement pas attendu. L’hexagone est là depuis des décennies, mais c’est quelque chose de nouveau. »
Les chercheurs suggèrent que cette configuration résulterait d’une onde atmosphérique de grande envergure, sculptée par les vents d’un puissant courant-jet qui serpente près du pôle sud de la planète. Sa formation pourrait être liée à une tempête majeure située à proximité, bien que la cause précise demeure un mystère. « C’est une question de dynamique des fluides très complexe », a commenté Amy Simon. « Cela nous renseigne sur ce qui se passe plus profondément sous les nuages de Saturne. »
Rareté et implications pour l’étude des géantes gazeuses
Ce type de motif polygonal organisé n’a pas été observé sur d’autres planètes du Système solaire. Bien que Jupiter présente des arrangements de cyclones à ses pôles, il ne s’agit pas de structures polygonales aussi définies. Andrew Ingersoll, du California Institute of Technology, a fait remarquer que « les scientifiques n’avaient pas vraiment prédit qu’un motif polygonal aussi organisé existerait sur une autre planète ».
Cette découverte souligne le caractère dynamique et changeant de Saturne. La surface visible de la planète révèle ainsi des processus atmosphériques complexes et des interactions entre des courants-jets à des échelles insoupçonnées. « Il est très intéressant de voir ces caractéristiques », a ajouté M. Ingersoll, indiquant l’importance de ces observations pour la compréhension des atmosphères planétaires.
Perspectives pour l’observation future
La durée de vie de ce décagone reste actuellement inconnue. Les scientifiques s’apprêtent à l’étudier plus en détail en utilisant d’autres instruments, notamment le télescope spatial James Webb. Plusieurs équipes de recherche cherchent actuellement à obtenir du temps d’observation sur ces télescopes de pointe. Amy Simon a affirmé : « Nous observerons aussi souvent que l’on nous le permettra. » L’étude continue de ce phénomène fournira des données cruciales pour affiner les modèles de dynamique atmosphérique des géantes gazeuses et potentiellement révéler de nouveaux principes de la météorologie planétaire.