Lidar : l’Amazonie abritait une civilisation de plusieurs millions d’individus

Une étude Lidar révèle des centaines d'ouvrages de terre en Amazonie, suggérant une civilisation de 3 millions d'habitants entre 600 av. J.-C. et 850 ap. J.-C.

Lidar : l’Amazonie abritait une civilisation de plusieurs millions d’individus

Des chercheurs de l’Université d’Helsinki ont révélé la présence d’une vaste civilisation antique en Amazonie du sud-ouest. Grâce à la technologie Lidar, ils ont identifié des centaines d’ouvrages de terre suggérant une population pouvant atteindre 3 millions d’individus entre 600 avant J.-C. et 850 après J.-C. Cette découverte majeure a été publiée dans la revue Nature.

Des chercheurs de l’Université d’Helsinki ont mis en lumière l’existence d’une civilisation antique complexe en Amazonie du sud-ouest. Grâce à la technologie de balayage laser, le Light Detection and Ranging (Lidar), ils ont identifié des centaines d’ouvrages de terre cachés sous la dense végétation. Ces structures suggèrent que jusqu’à 3 millions d’individus auraient peuplé cette région entre 600 avant J.-C. et 850 après J.-C. Les résultats de cette étude pionnière ont été publiés le 29 juillet 2026 dans la revue Nature.

L’Amazonie révèle une civilisation d’ouvrages de terre

L’enquête archéologique s’est concentrée sur la région sud-ouest de l’Amazonie, englobant des portions des territoires actuels du Brésil, de la Bolivie et du Pérou. Les peuples anciens qui ont prospéré dans cette zone n’ont pas laissé de documents écrits sur leur appellation. Les chercheurs les désignent sous le nom de « civilisation Aquiry », en référence au fleuve Acre, un nom utilisé par les peuples autochtones. Il est important de noter qu’il ne s’agissait pas d’une entité politique unique et centralisée, mais plutôt d’un réseau interconnecté de communautés diverses, comme l’a souligné Pirjo Kristiina Virtanen, co-auteure de l’étude et membre de l’Université d’Helsinki.

En raison de l’absence de gisements de pierre dans cette région, les vestiges matériels laissés par ces populations prennent principalement la forme d’ouvrages de terre. Ces aménagements consistent en des modifications artificielles du paysage, telles que des fossés creusés et des monticules élevés, dont la construction nécessitait une organisation sociale avancée. La période d’occupation documentée s’étend sur près de 1500 ans, une ère de développement et de transformation du milieu amazonien par ces sociétés. Leur déclin rapide vers 850 après J.-C. demeure un profond mystère pour les archéologues, qui explorent des parallèles avec l’effondrement quasi simultané de la civilisation maya en Amérique centrale.

Représentation schématique d'une carte Lidar montrant des structures archéologiques sous la végétation dense.

Le Lidar, une fenêtre sur le passé amazonien

La technologie Light Detection and Ranging (Lidar) s’est avérée indispensable pour cette avancée archéologique. Ce système permet aux scientifiques de générer des cartes tridimensionnelles du terrain en émettant des impulsions laser et en mesurant le temps de retour. Cette capacité à « voir » à travers l’épaisse canopée de la forêt tropicale a permis de révéler des structures au sol qui seraient autrement restées indétectables. L’équipe de recherche a ainsi couvert une vaste superficie, environ 4 500 kilomètres carrés de forêt pluviale, pour son analyse.

Juha Hyyppä, co-auteur et chercheur à l’Institut finlandais de recherche géospatiale, a précisé la stratégie de cartographie : « Nous avons réalisé des transects linéaires étendus, d’une longueur approximative de 450 kilomètres chacun. Chaque survol cartographiait une bande d’environ un kilomètre de large, et ces transects étaient espacés de 10 kilomètres. » Cette méthode systématique a garanti une couverture maximale et continue de la zone d’étude, optimisant la détection des moindres altérations du paysage d’origine anthropique.

Des structures géométriques et des implantations humaines

Les données Lidar ont révélé plus de 400 ouvrages de terre distincts. Parmi ces découvertes figurent des structures géométriques monumentales, dont la fonction était probablement cérémonielle ou rituelle, suggérant une organisation sociale complexe et des croyances partagées. Parallèlement, des sites de peuplement, certains plus récents que les ouvrages géométriques, ont également été identifiés. Après une analyse rigoureuse, les chercheurs ont extrapolé leurs découvertes à l’échelle de l’ensemble du territoire potentiellement habité. Leurs estimations prudentes indiquent la présence possible de quelque 20 000 ouvrages de terre dans la région sud-ouest de l’Amazonie.

Une révision de l’histoire précolombienne de l’Amazonie

Cette recherche bouleverse la vision traditionnelle d’une Amazonie précolombienne peu peuplée et majoritairement vierge avant l’arrivée des explorateurs européens. Elle révèle une capacité d’ingénierie environnementale et une organisation sociétale à grande échelle, comparables à celles d’autres civilisations antiques majeures. L’estimation d’une population de 3 millions d’individus défie les modèles démographiques antérieurs et souligne l’empreinte anthropique significative et durable sur l’environnement amazonien, bien avant l’ère moderne et ses impacts contemporains.

Le mystère persistant entourant l’effondrement de ces sociétés vers 850 après J.-C. ouvre de vastes avenues de recherche. Comprendre les facteurs multiples ayant conduit à leur déclin – qu’ils soient de nature climatique, environnementale, économique ou sociale – pourrait fournir des éclairages pertinents pour aborder les défis actuels et futurs liés aux interactions entre les sociétés humaines et leurs écosystèmes, en particulier dans des environnements aussi fragiles que la forêt amazonienne.


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