Une vaste étude internationale publiée dans Scientific Data dresse le bilan cinquantenaire des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique. Entre la fonte de surface et l’accélération des glaciers émissaires, ces régions ont perdu 11 000 milliards de tonnes de glace depuis les années 1970.
À retenir
- Le Groenland et l’Antarctique ont perdu 11 000 milliards de tonnes de glace depuis les années 1970.
- Cette perte glaciaire a entraîné une élévation du niveau mondial des mers de plus de trois centimètres.
- Les calottes polaires sont désormais responsables d’environ un quart de l’élévation globale du niveau des océans.
- Les résultats proviennent de l’exercice IMBIE, publié le 16 septembre 2026 dans la revue Scientific Data.
- L’analyse repose sur la compilation de données issues de 27 missions spatiales et de 42 études indépendantes.
Un bilan cinquantenaire fondé sur 27 missions spatiales
La publication des derniers résultats de l’exercice IMBIE (Ice Sheet Mass Balance Intercomparison Exercise) fournit la plus longue série chronologique de données satellitaires jamais assemblée concernant l’évolution des calottes glaciaires de la planète. L’étude, menée par une collaboration internationale de chercheurs polaires, a été publiée le 16 septembre 2026 dans la revue Scientific Data. Le projet bénéficie du soutien de l’Agence spatiale européenne (ESA) et de la NASA. Les chercheurs ont analysé 42 enquêtes indépendantes afin de retracer les variations de masse des calottes glaciaires, s’étendant à partir de 1972 pour le Groenland et de 1979 pour l’Antarctique.
Pour parvenir à ce résultat consolidé, l’équipe IMBIE a mobilisé des données provenant de 27 missions spatiales différentes. Parmi ces programmes figurent les satellites CryoSat de l’ESA, les missions Copernicus Sentinel, les projets conjoints américano-allemands Grace ainsi que les premiers programmes de la série Landsat. Cette approche multicouche permet d’harmoniser les estimations de la balance des masses glaciaires, qui correspond à la différence entre les gains de neige accumulée et les pertes de glace par fonte ou vêlage.

L’accélération de l’écoulement glaciaire en cause
Les données démontrent que le phénomène ne se résume pas à une simple fusion superficielle de la glace sous l’effet de la hausse des températures atmosphériques. Les glaciers qui drainent ces vastes calottes polaires subissent également une accélération notable de leur vitesse d’écoulement. Cette dynamique transfère des quantités massives de glace directement vers les océans, modifiant les équilibres côtiers mondiaux.
Ensemble, le Groenland et l’Antarctique contribuent actuellement à environ un quart de l’élévation globale du niveau des mers. La perte cumulée de 11 000 milliards de tonnes de glace enregistrée depuis les années 1970 a provoqué à elle seule une augmentation du niveau marin supérieure à trois centimètres. Les instruments spatiaux, qu’il s’agisse d’altimètres mesurant l’altitude de la surface, de capteurs gravitationnels ou de radars d’imagerie, permettent de quantifier ces transferts de masse avec une précision accrue.

Défis méthodologiques et harmonisation des données
L’exploitation de décennies d’observations spatiales représente un défi technique majeur pour la communauté scientifique. Les technologies embarquées ont considérablement évolué depuis les années 1970, offrant des résolutions spatiales de plus en plus fines et des méthodes de mesure diversifiées. Les altimètres mesurent l’épaisseur de la glace, tandis que les capteurs radar et optiques suivent la vitesse de déplacement des glaciers.
L’équipe IMBIE surmonte ces disparités méthodologiques en rapprochant des estimations de sources indépendantes et en tenant compte des spécificités de chaque période d’observation. Cette rigueur analytique permet de distinguer les variations physiques réelles des calottes glaciaires des simples artefacts de mesure liés aux évolutions technologiques des satellites successifs.

Perspectives pour la modélisation climatique
La compréhension détaillée de la vitesse à laquelle la perte de glace s’accélère et de sa localisation précise s’avère indispensable pour affiner les projections climatiques futures. En améliorant la cohérence des séries temporelles sur cinq décennies, les scientifiques disposent de bases empiriques solides pour modéliser l’élévation future du niveau des mers. Les travaux de l’exercice IMBIE se poursuivent afin d’intégrer les données des nouvelles flottes satellitaires et de maintenir un suivi continu des régions polaires.