L’analyse de carottes de sédiments prélevées en Antarctique occidentale révèle que des incendies de forêt réguliers se sont produits à proximité du pôle Sud il y a 90 millions d’années. Cette période du Crétacé supérieur correspondait à un climat tempéré et humide, caractérisé par la présence de forêts pluviales et de conifères.
À retenir
- Des chercheurs de l’Institut Alfred Wegener à Bremerhaven ont publié le 7 septembre 2026 une étude dans la revue Communications Earth and Environment.
- L’analyse de carottes de sédiments provenant de la mer d’Amundsen en Antarctique occidentale atteste de la présence de feux de forêt il y a environ 90 millions d’années.
- Ces incendies constituent les traces de feux de forêt les plus méridionales jamais enregistrées sur Terre.
- Durant le Crétacé, les concentrations atmosphériques en dioxyde de carbone étaient de quatre à six fois supérieures à celles d’aujourd’hui.
Des carottes de sédiments révélant un climat ancien
Les données publiées par l’équipe de recherche de l’Institut Alfred Wegener documentent l’histoire paléoclimatique de l’Antarctique. En 2020, les chercheurs avaient déjà extrait une carotte de sédiments dans la mer d’Amundsen en Antarctique occidentale, mettant en évidence un sol forestier extrêmement bien conservé datant d’environ 90 millions d’années. Ce sol contenait du pollen, des spores et un réseau dense de racines, attestant qu’une forêt tempérée prospérait alors à cet emplacement.
Durant cette phase du Crétacé, les conditions tectoniques positionnaient cette zone tempérée encore plus au sud, à seulement 900 kilomètres du pôle Sud géographique. La température annuelle moyenne contrastait fortement avec les conditions actuelles, où l’emplacement subit des températures moyennes de -30 degrés Celsius et une couverture de glace épaisse de plusieurs kilomètres. Les concentrations atmosphériques en dioxyde de carbone étaient alors quatre à six fois plus élevées qu’à l’époque contemporaine, maintenant un climat relativement chaud et humide même à proximité immédiate des régions polaires.
Indindices géologiques des feux de forêt
L’étude approfondie de cette même carotte de sédiments a permis aux chercheurs d’identifier des preuves tangibles de feux de forêt récurrents dans cet écosystème préhistorique. Le premier indice repose sur la présence de minuscules particules de charbon de bois. Ces fragments carbonisés deviennent plus abondants dans les strates sédimentaires les plus récentes de cette période. L’analyse chimique et structurelle de ce charbon indique qu’il provient majoritairement de bois de conifères tendres ayant brûlé à basses températures.
Ce type de combustion caractérise des incendies de surface plutôt que des brasiers ravageant la canopée forestière. Le second indice majeur réside dans la découverte d’ambre fossilisé. La résine d’arbre s’est écoulée et minéralisée dans ces strates sédimentaires, confirmant l’activité biologique intense de ces forêts de conifères soumises à des cycles environnementaux particuliers au cours du Crétacé supérieur.
Implications pour la compréhension du Crétacé
La caractérisation de ces incendies polaires anciens apporte des précisions sur le fonctionnement des écosystèmes terrestres lors de la période la plus chaude du Crétacé. La présence simultanée de sols forestiers, de restes végétaux et de traces de combustion démontre que des perturbations naturelles par le feu existaient même dans les latitudes les plus extrêmes du globe lorsque les températures globales étaient élevées.
Les travaux menés par l’Institut Alfred Wegener documentent ainsi l’extension géographique maximale des régimes d’incendie sous un climat riche en gaz à effet de serre. Ces données géologiques fournissent aux climatologues des points de comparaison empiriques pour modéliser le comportement des biomes terrestres et les dynamiques environnementales en cas de réchauffement climatique global à long terme.