Une nouvelle étude du Space Centre de l’Université de Surrey quantifie l’impact des tempêtes solaires extrêmes sur l’aviation civile. Les recherches révèlent des risques significatifs pour l’électronique des aéronefs et des augmentations notables des doses de radiation pour les passagers. Les routes polaires, en particulier, présentent une vulnérabilité accrue face à ces événements géomagnétiques.
Une récente publication émanant du Space Centre de l’Université de Surrey met en lumière les conséquences potentielles d’une météorologie spatiale extrême sur l’aviation civile. L’étude, attendue depuis longtemps par le secteur aérien, quantifie précisément les risques encourus par les aéronefs et leurs occupants lors d’événements solaires intenses. Ces phénomènes, bien que lointains, peuvent perturber gravement les systèmes technologiques embarqués et augmenter l’exposition aux rayonnements.
Exposition accrue aux rayonnements en altitude
À l’altitude de croisière des avions de ligne, généralement entre 8 et 14 kilomètres, les passagers et l’équipage sont déjà exposés à une dose de rayonnement cosmique supérieure à celle du sol. Cette situation s’explique par la moindre épaisseur de l’atmosphère protectrice au-dessus de l’appareil. En temps normal, cette exposition est gérée et bien comprise par les autorités aéronautiques.
Cependant, lors d’une tempête solaire, ce taux de rayonnement de fond peut augmenter de manière spectaculaire. Les chercheurs de Surrey ont mesuré qu’un événement survenu en novembre 2025 avait brièvement multiplié par près de dix fois les niveaux de rayonnement à l’altitude de vol. Un retour sur la tempête solaire la plus puissante jamais enregistrée, celle de février 1956, révèle des chiffres encore plus frappants. Un passager traversant un tel événement aurait pu absorber l’équivalent d’une année entière de rayonnement cosmique lié aux vols en un seul trajet.

La vulnérabilité des systèmes électroniques
L’exposition humaine aux radiations ne constitue qu’une partie du problème, et potentiellement pas la plus urgente. Le rapport se concentre également sur l’impact de ces flux de particules énergétiques sur l’électronique des aéronefs. Des particules de haute énergie percutant une puce électronique peuvent provoquer des inversions de bits, des dysfonctionnements connus sous le nom d’Single Event Upsets (SEUs).
Bien qu’un ou deux SEUs par heure soient considérés comme une nuisance de fond que les avions modernes sont conçus pour tolérer, un événement solaire extrême peut faire passer ce taux de quelques incidents par heure à plusieurs milliers. Ce phénomène n’est pas théorique. L’année dernière, Airbus a dû immobiliser 6 000 A320 dans le monde entier. Cette décision faisait suite à l’atterrissage d’urgence d’un vol JetBlue entre Cancún et Newark, événement dont la cause a été attribuée à la vulnérabilité d’un ordinateur de contrôle de vol aux radiations solaires.
Les routes polaires, zones à risque
Les routes aériennes les plus exposées à ces phénomènes sont celles passant par les régions polaires. C’est le cas, par exemple, de la liaison entre Londres et Vancouver, citée dans l’étude. À ces latitudes élevées, le champ magnétique terrestre, qui agit normalement comme un bouclier protecteur, offre une protection affaiblie contre les particules solaires chargées. Les lignes de champ magnétique se courbent vers les pôles, créant des « entonnoirs » où les particules peuvent pénétrer plus facilement l’atmosphère.
Cependant, les chercheurs soulignent que lors d’une tempête géomagnétique suffisamment sévère, cette zone de vulnérabilité ne reste pas confinée aux pôles. Elle peut s’étendre de manière significative, augmentant le risque pour un plus grand nombre de routes aériennes internationales.
Anticiper et protéger l’aviation de demain
Cette étude de l’Université de Surrey apporte des données quantifiées essentielles pour la sécurité aérienne. Elle souligne la nécessité pour l’industrie de l’aviation de mieux intégrer les prévisions de météorologie spatiale dans la planification des vols et la conception des systèmes électroniques. La compréhension des mécanismes d’interaction entre les événements solaires extrêmes et les technologies embarquées est un enjeu majeur pour les futures générations d’aéronefs.
La surveillance continue de l’activité solaire et le développement de systèmes de protection plus robustes ou de stratégies d’évitement des zones à risque pendant les pics d’activité constituent des pistes d’action. L’objectif est de garantir la sécurité des passagers et l’intégrité opérationnelle des appareils face à un environnement spatial imprévisible.