Un moine médiéval a-t-il vu deux comètes plutôt que Halley ?

Publié le 14 juin 2026

Un moine bénédictin du XIe siècle, Eilmer de Malmesbury, est célèbre pour sa tentative de vol et son témoignage sur la comète de Halley en 1066. Une nouvelle recherche menée par James Aitcheson de l’Université de Leicester propose une réinterprétation de ses observations. Il suggère qu’Eilmer aurait pu apercevoir deux comètes distinctes, remettant en question une observation antérieure de Halley et l’âge du moine.

Le moine bénédictin Eilmer de Malmesbury, figure emblématique du XIe siècle, est connu pour sa tentative de vol plané et pour son témoignage sur l’apparition de la comète de Halley. Ses observations, rapportées par l’historien Guillaume de Malmesbury, sont au cœur d’une nouvelle analyse scientifique. James Aitcheson, de l’Université de Leicester, propose une réinterprétation audacieuse des apparitions célestes perçues par Eilmer, suggérant qu’il aurait pu observer deux comètes distinctes, et non deux passages de la célèbre comète périodique.

Eilmer de Malmesbury : Le Vol et la Comète de 1066

Au début du XIe siècle, un jeune moine du nom d’Eilmer, résidant à l’abbaye de Malmesbury en Angleterre, entreprit une expérience audacieuse. Il sauta de la tour de son abbaye, haute d’environ 45 mètres (150 pieds), muni d’ailes rudimentaires fabriquées à partir de bois de saule et de tissu. Eilmer parvint à planer sur près de 180 mètres (600 pieds), survolant le mur de la ville avant de s’écraser dans une petite vallée près de la rivière Avon. La chute lui brisa les deux jambes, le laissant infirme.

Cette prouesse légendaire de l’aviation médiévale nous est parvenue grâce à l’historien du XIIe siècle, Guillaume de Malmesbury, qui en fit le récit vers 1125. Bien qu’il n’ait pas fourni de date exacte pour l’exploit aérien, Guillaume mentionne un autre épisode clé dans la vie d’Eilmer, alors que le moine était « avancé en âge ». Eilmer fut témoin de l’apparition de la comète de Halley en 1066, commentant : « Il y a bien longtemps que je vous ai vue. »

Peinture illustrant la comète de Halley telle qu'elle aurait pu apparaître en 1066 dans le ciel anglais.

L’Interprétation Traditionnelle : Halley en 989 et 1066

Pendant longtemps, cette déclaration d’Eilmer a été interprétée par certains historiens comme la preuve qu’il avait déjà aperçu la comète de Halley lors d’un passage antérieur, en 989. Si tel était le cas, Eilmer aurait été un jeune garçon à l’époque et serait né au plus tard en 984, en supposant qu’il avait au moins cinq ans en 989. Cette chronologie le placerait dans ses quatre-vingts ans en 1066, et sa tentative de vol, décrite comme survenue dans sa « première jeunesse », aurait eu lieu entre 1000 et 1010.

Cette lecture des faits a parfois conduit à spéculer qu’Eilmer aurait pu avoir une compréhension intuitive de la périodicité des comètes, bien des siècles avant que l’astronome Edmund Halley ne démontre ce phénomène à la fin du XVIIe siècle.

Nouvelle Hypothèse : La Comète de 1018

Cependant, une nouvelle perspective est proposée par James Aitcheson de l’Université de Leicester. Dans un article publié dans la revue Notes and Queries, Aitcheson remet en question cette estimation, la qualifiant de « basée sur de nombreuses hypothèses ». Il avance qu’Eilmer aurait pu observer une comète entièrement différente dans sa jeunesse : la comète de 1018.

Si cette hypothèse est correcte, la date de naissance d’Eilmer serait significativement plus tardive, probablement au début des années 1010. Il aurait alors eu plus de 50 ans en 1066, ce qui resterait cohérent avec la description de Guillaume de Malmesbury le décrivant comme « avancé en âge ». Sa tentative de vol se situerait alors entre les années 1020 et 1040.

Arguments en Faveur de la Comète de 1018

Selon Aitcheson, la comète de 1018 aurait été visible dans les îles britanniques pendant environ deux semaines à l’automne. Eilmer aurait pu simplement l’avoir confondue avec son observation de 1066 de la comète de Halley, qui l’avait laissé « accroupi de terreur devant l’étoile brillante ». À une époque où les connaissances astronomiques étaient limitées et la compréhension des phénomènes célestes souvent associée à la superstition, une telle méprise serait plausible.

L’absence d’outils d’observation sophistiqués et la difficulté à différencier les objets célestes contribuaient à des identifications approximatives. La puissance visuelle et la mémoire humaine étaient les principaux instruments d’observation, rendant les confusions potentielles fréquentes sur de longues périodes.

Perspectives sur l’Histoire de l’Astronomie

Cette réévaluation des observations d’Eilmer de Malmesbury a des implications importantes. Elle remet en question la spéculation récente selon laquelle le moine aurait eu une compréhension précoce de la périodicité cométaire. Aitcheson conclut qu’il ne devrait pas être question de renommer la comète de Halley en « comète d’Eilmer ».

L’étude souligne la complexité de l’interprétation des sources historiques, en particulier lorsqu’elles touchent à l’astronomie. Elle illustre comment les nouvelles recherches archéologiques et historiques peuvent continuer à éclairer notre compréhension des sciences antiques et médiévales, ajustant notre perception des connaissances et des capacités d’observation de nos ancêtres.


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