De vastes réseaux de fissures polygonales couvrent les basses terres de Vénus. Une nouvelle étude propose que ces structures soient les vestiges de fonds marins asséchés, offrant un argument supplémentaire à l’hypothèse d’océans anciens sur la planète. Ces découvertes ont été publiées par une équipe de chercheurs de l’Université de Londres et de l’Imperial College.
La surface de Vénus, actuellement brûlante et aride, recèle des énigmes géologiques. Parmi elles, de vastes réseaux de fissures polygonales recouvrent ses zones de basses terres. L’origine de ces formations, qui mesurent entre 1 et 2 kilomètres de diamètre chacune, a longtemps fait l’objet de débats au sein de la communauté scientifique. Une explication antérieure évoquait la contraction de roches volcaniques refroidies comme mécanisme de formation.
Le mystère des fissures polygonales de Vénus
Une nouvelle étude, publiée le 29 juillet 2026 dans la revue Earth and Planetary Science Letters, propose une hypothèse alternative et potentiellement significative. Une équipe de chercheurs de l’Université de Londres et de l’Imperial College au Royaume-Uni suggère que ces fissures pourraient s’être formées dans la boue d’anciens fonds marins. Cette proposition, détaillée dans leur article intitulé « The Lost Oceans of Venus », vient appuyer la théorie d’une Vénus autrefois dotée d’océans.

Des similarités géologiques avec la Terre
Les motifs de ces fissures vénusiennes présentent des ressemblances frappantes avec ceux observés sur Terre dans la boue des fonds marins asséchés. Sur notre planète, d’épaisses couches d’argile gorgées d’eau, enfouies puis compactées, se dessèchent avec le temps, formant ces structures polygonales caractéristiques. Les chercheurs ont même distingué six types distincts de ces polygones sur Vénus, dont les configurations globales s’apparentent davantage aux lits de mer desséchés qu’aux craquelures d’origine volcanique.
Un exemple terrestre pertinent est celui de la mer Méditerranée, qui a connu un événement de dessiccation presque complet il y a près de 6 millions d’années. L’évaporation progressive de l’eau y a laissé derrière elle d’épais dépôts de sel et des fissures similaires à celles identifiées sur Vénus. Cette analogie fournit un puissant argument en faveur de l’hypothèse d’une origine sédimentaire et aquatique pour les craquelures vénusiennes.

Vénus : un passé aquatique confirmé ?
La Vénus actuelle est caractérisée par une température de surface moyenne d’environ 464 °C, fruit d’un effet de serre galopant. Cette chaleur extrême est suffisante pour faire fondre le plomb, rendant difficile d’imaginer la présence d’eau liquide. Pourtant, de nombreuses recherches postulent l’existence d’océans massifs au début de son histoire. La détection de ces fissures polygonales pourrait donc constituer une preuve géologique tangible à l’appui de ces modèles.
De plus, Vénus abrite des formations topographiques longues et sinueuses, que les scientifiques nomment canali. Pendant des années, ces structures ont été interprétées comme des lits de coulées de lave. Cependant, leur morphologie pourrait également être compatible avec des lits de rivières ou des canaux d’écoulement d’eau liquide. L’ensemble de ces indices renforce le scénario d’une Vénus primordiale radicalement différente, capable d’abriter des étendues d’eau significatives.
Implications pour l’évolution planétaire
La compréhension de l’histoire géologique de Vénus et de la présence potentielle d’océans dans son passé est cruciale pour affiner nos modèles d’évolution planétaire. L’étude de Vénus offre un cas d’école pour comprendre comment des mondes comparables à la Terre peuvent diverger drastiquement en fonction de facteurs comme la distance à leur étoile et la composition atmosphérique. Les données recueillies par de futures missions, telles que EnVision de l’ESA ou VERITAS de la NASA, seront essentielles pour confirmer ou infirmer ces hypothèses. Elles permettront également de mieux évaluer les conditions d’habitabilité potentielles des exoplanètes situées dans des zones habitables similaires. La quête des origines des fissures de Vénus contribue ainsi à une vision plus globale de la dynamique des planètes rocheuses et de la vie au-delà de la Terre.