L’Agence Spatiale Européenne a recréé une mission satellite en tandem pour une observation de l’Antarctique sans précédent. Cette configuration temporaire des Sentinels-1C et 1D a permis de mesurer le mouvement des glaciers et de localiser les lignes d’échouage avec une précision inédite. Les résultats confirment l’efficacité de cette approche, offrant désormais une perspective de trente ans sur l’évolution de la calotte glaciaire.
La méthode d’observation par tandem satellite
L’Agence Spatiale Européenne (ESA) a inauguré le concept d’observation par satellites en tandem avec ses premiers satellites d’observation de la Terre, ERS-1 et ERS-2. Lancés respectivement en 1991 et 1995, ces instruments représentaient les systèmes d’observation terrestre les plus sophistiqués de l’Europe à l’époque. Peu après la mise en orbite d’ERS-2, l’ESA a manœuvré les deux satellites pour les positionner en formation étroite. Cette disposition permettait d’observer la même région terrestre à seulement 24 heures d’intervalle.
Maintenue pendant neuf mois, cette mission tandem a fourni aux scientifiques un volume de données sans précédent. Elle a notamment offert une opportunité unique de suivre des changements se produisant sur des échelles de temps très courtes, comme le mouvement des glaciers. Une campagne similaire avait été menée en 2008 avec ERS-2 et le satellite Envisat, consolidant l’intérêt scientifique de cette approche.

La mission Sentinel-1 renouvelle l’approche
Le concept d’observation en tandem a été récemment appliqué aux satellites radar Copernicus Sentinel-1C et Sentinel-1D. Pendant la phase de mise en service de Sentinel-1D, ce dernier a été temporairement positionné en formation rapprochée avec Sentinel-1C. Cette manœuvre a reproduit l’intervalle de passage d’un jour, essentiel pour la mission originale d’ERS-1 et ERS-2 en Antarctique.
Cette configuration a non seulement soutenu la calibrage croisé des deux satellites, mais a également permis de vérifier leur performance en matière de radar interférométrique à synthèse d’ouverture (InSAR). Ces opérations sont cruciales pour assurer la fiabilité et la précision des données collectées par la constellation Sentinel-1, un pilier du programme européen Copernicus.
Suivi des glaciers antarctiques et de la ligne d’échouage
Les observations quasi simultanées des trois satellites Sentinel-1 (avec Sentinel-1A encore en opération standard de six jours avant son retrait récent) ont offert une opportunité rare de surveiller la dynamique des glaciers et des calottes glaciaires sur différentes échelles de temps. Dirk Geudtner, Responsable du système Sentinel-1 à l’ESA, a souligné que l’imagerie d’une même région de l’Antarctique à seulement un jour d’intervalle par Sentinel-1C et Sentinel-1D a recréé la prouesse de la mission tandem ERS-1–ERS-2.
Cette capacité est fondamentale pour la mesure du mouvement des glaciers et la cartographie précise des lignes d’échouage. Une ligne d’échouage est la frontière critique où un glacier ou une calotte glaciaire cesse de reposer sur le substratum rocheux pour commencer à flotter sur l’océan, formant une plateforme de glace. Elle agit comme un point d’ancrage, contrôlant la vitesse à laquelle la glace s’écoule du continent vers la mer.

Trente ans de surveillance continue des flux de glace
L’enchaînement des missions ERS, Envisat et désormais Copernicus Sentinel-1 a permis d’établir une continuité sans précédent dans la surveillance des glaces polaires. En répliquant la configuration tandem, l’ESA a non seulement validé les performances actuelles de ses satellites mais a aussi relié les données récentes aux archives établies il y a trois décennies. Ce pont entre les générations de satellites garantit une homogénéité des séries temporelles.
Ces trois décennies d’observations des flux de glace en Antarctique sont précieuses. Elles permettent aux scientifiques d’analyser les évolutions à long terme, d’identifier les tendances et de modéliser avec plus de fiabilité les comportements futurs des calottes glaciaires face aux changements climatiques. La capacité à mesurer à la fois la vitesse d’écoulement des glaciers et des courants de glace, ainsi que la position des lignes d’échouage, est cruciale pour comprendre la contribution de l’Antarctique à l’élévation du niveau marin global.

Perspectives pour l’étude du climat terrestre
La précision accrue des mesures obtenues grâce à la configuration tandem, tant historique que récente, offre des avancées significatives pour la glaciologie et la climatologie. En comprenant mieux la dynamique des lignes d’échouage et la vitesse d’écoulement des glaciers, les scientifiques peuvent affiner les projections sur l’instabilité des calottes glaciaires et, par extension, l’élévation future du niveau de la mer. Ces données sont essentielles pour les modèles climatiques mondiaux.
Ces missions soulignent l’importance des programmes d’observation de la Terre à long terme. La continuité des données, associée à l’innovation technologique des satellites, permet d’acquérir une compréhension plus profonde des processus complexes qui régissent les systèmes glaciaires terrestres. Elles constituent un apport indispensable pour évaluer l’impact du réchauffement climatique sur les régions polaires et pour informer les stratégies d’adaptation.
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